Pourquoi Microsoft a fait un bon coup ?

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LinkedIn, qui est probablement encore un produit en devenir, est depuis des mois en recherche d’un nouveau souffle. Le nombre des utilisateurs ne progresse pas assez vite et les activités des membres (conversations publications, etc.) semblent stagner. En effet, nous subissons des relances systématiques pour féliciter, témoigner et accorder des crédits de compétences à des personnes que nous ne connaissons pas toujours bien. LinkedIn ‘drague’ ses membres comme Facebook qui de son côté nous demande si on veut créer un nième groupe, s’attacher sans cesse de nouveaux contacts abusivement nommés ‘amis’, re-poster nos publications des dernières années, ou même vendre quelques choses.

Alors pourquoi les stratèges de chez Microsoft ont-ils cherché à acquérir un réseau social d’envergure et pourquoi LinkedIn précisément?

Voici mon point de vue, qui s’appuie sur certaines expériences qui m’ont permis de bâtir une vision de ce que pourrait devenir une plateforme individuelle à portée simultanément collective professionnelle et privée, et centrée sur l’individu ainsi que ce que nous appellerons ses connections; c’est-à-dire ses contacts et ses informations.

Alors pourquoi LinkedIn ?Why. The Dude looking at red question mark.

D’abord parce que justement ‘pas Facebook’.

En effet Facebook a fait sa percée dans le domaine individuel et privé même s’il y a des velléités de développement avec certaines connexions entre le ‘business’ et le consommateur, au travers d’un axe nommé B to C par opposition au B to B ciblant lui, les relations entre professionnels. Mais la présence des professionnels sur Facebook est probablement, actuellement, plus un vecteur de ‘Branding’ avec sa nécessaire occupation de l’espace, qu’un véritable terrain de commerce en ligne,  espace qui, lui, est fortement comblé par un Amazon galopant. Et puis Facebook, avec sa valeur en bourse de plus de 300 milliard de $, est de toute manière inaccessible .

Si LinkedIn était la cible pour ce qu’il représente en termes d’audience et de fonctionnalités, cela pourrait se résumer à un outil partagé pour le recrutement, avec un bouquet de membres gratuits et payants certes, mais des fonctionnalités encore balbutiantes, qui ne rapportent pas suffisamment. Les outils comme la recherche restent très faibles notamment au niveau de la discrimination. (Rechercher un Bernard Martin en France ou un Jacques Tremblay au Québec relevant de la roulette ou de la mission impossible, pendant que la recherche d’un comptable sur la région de Montréal ou d’ile de France va vous donner le tournis avec des réponses encore une fois peu discriminantes).

Le nombre de nos contacts, qui ne sont heureusement pas tous des amis, peut avoisiner couramment des milliers, et il ne se passe pas une soirée sans qu’en rentrant chez moi je m’aperçoive que plusieurs personnes avec qui j’ai parlé ou que j’ai croisées, dans la journée, faisaient déjà partie de mon cercle de contacts… LOL ! Que l’on pêche les contacts à la ligne ou avec un chalut, le résultat est similaire, en dehors du volume. Ces personnes, je les trouve sympathiques car elles disent que je suis performant dans des tas de domaines, même si nous n’avons jamais travaillé ensemble et même si je n’ai pas tant de compétence que cela dans les domaines cités… Si une femme montre une belle photo dans son profil, elle va recevoir des tas de sollicitations et des tas d’approbations sur ses qualités professionnelles dans tous les domaines. Si une personne à une fonction élevée elle va avoir des sollicitations en permanence. Inversement, et logiquement, si une personne possède un nombre important de contacts ce serait parce qu’elle est justement importante… Bref LinkedIn est un réseau de contacts brillants voir exceptionnels bons dans tout. Alors acheter un réseau de faux contacts juste pour avoir les adresse courriel ? J’ai des doutes et Je pense que pour quelques centaines de dollars on doit pouvoir trouver sur le net de quoi les avoir…

Non, Microsoft ne peut pas payer 26 milliards de dollars pour LinkedIn !Signed agreement

Sauf si la vraie cible n’est pas une de celles mises en avant, dans certains articles récemment parus sur le sujet, comme le développement de l’utilisation de Dynamics son CRM (outil de gestion de la relation avec la clientèle) ou encore l’envie d’avoir enfin son réseau social allant au-delà de l’entreprise ce que ne fait pas son outil actuel, Yammer. Non, pour moi la vraie raison est une vision logique de là où nous allons, et où Microsoft veut nous attendre avec une offre si naturellement pertinente que nous ne pourrons pas la refuser.

 

Microsoft a eu raison d’acheter LinkedIn !3d small people - installation of check marks

Analysons ensemble, l’offre actuelle de Microsoft. Au niveau individuel, la suite Office 365 nous permet, pour quelques dollars mensuels et indolores, de ne plus nous soucier de trouver comment pirater ce qui est devenu l‘unique moyen’ d’écrire des lettres, de faire des factures et des calculs, ainsi que des présentations ou encore de gérer des listes et des fichiers de contacts ou de produits, et encore aussi, bien entendu, d’échanger des courriers sans se soucier de comment et le tout sans limitations.

Au niveau professionnel, nous pouvons observer l’outil SharePoint vendu comme un produit devenu, désormais, incontournable sur le plan commercial, les offres en CRM effectivement avec en bonus une ouverture de type ERP, et enfin, bien entendu, le monde immense de l’infrastructure avec des SQL et autres solutions pour nos réseaux d’entreprises, dans le contexte d’un catalogue pour lequel les organisations n’ont plus qu’à remplir leurs bons de commandes en toute sérénité.

Non Microsoft n’avait pas besoin d’acheter LinkedIn afin de répondre à cette vision d’avoir un réseau social.Sphère stratégie Microsoft a eu simplement une bonne analyse du marché en devenir, parce que la culture change et va changer encore sur les points évoqués ici, et c’est pour cela qu’elle a eu raison ! En effet, ce qui a changé et qui va développer, réside dans le comportement et la culture de chacun de nous. IL Y A, DÉSORMAIS, CONFUSION ENTRE LA SPHERE PROFESSIONNELLE ET LA VIE PRIVÉ.

Nous avons acquis des habitudes qui désormais décloisonnent nos agendas individuels au profit de la permanence de notre disponibilité à consulter d’abord puis à contribuer à un formidable réseau de communication dont l’utilité n’a pas encore pris la place de la curiosité. Après avoir acquis et utilisé la communication c’est nous même qui devenons communication et vecteur d’informations. Cette nouvelle culture est possible par cette confusion des genres qui efface progressivement la séparation dans le temps entre pro et privé.

Alors pourquoi acheter LinkedIn à ce prix?

Ma réponse est simple. Il aurait été fort coûteux de se battre avec Facebook sur le front du grand publique et de l’usage individuel personnel en même temps que de vouloir développer un concurrent de LinkedIn sans avoir de base, et risquer de laisser LinkedIn se faire avaler par le monstre Facebook qui aurait pu viser la même cible, et barrer, ainsi, la route de Microsoft. Pour mémoire Google elle-même a cru possible de battre Facebook sur son terrain avec une application qui offre pas mal de fonctionnalités utiles, mais pour lesquelles il a fallu partir de zéro pour développer un véritable réseau de contacts interconnectés. Il y a, en effet, une masse critique nécessaire pour lancer une telle aventure et LinkedIn, justement, la possède avec ses cinq cent millions d’utilisateurs, alors que Google ne l’ayant pas eu et ayant offert une solution insuffisamment démarquée, reste encore très en retard. Microsoft a probablement attendu l’adoption plus franche, par les pays Européens, de la plateforme pour annoncer son ambitieux projet de rachat, afin de sécuriser un peu plus sa stratégie.

Microsoft gagne sur deux tableauxFrau im Support mit Headset im Callcenter, à la fois en récupérant un nom, un modèle, et une base d’une part, et d’autre part, en la retirant des cibles potentielles de Facebook contraint, désormais, de développer un concept ‘PRO’ à un moment ou l’adhésion aurait tendance à décliner, même si sa valeur démontre une excellente santé. Nous savons bien que les nombreuses acquisitions de Facebook influencent dans une proportion importante la confiance des investisseurs alors que l’application originale pourrait être affaiblie, par exemple, par un nouveau modèle de communication made in Microsoft ou un autre projet Google, pourquoi pas.

Regardons maintenant ce que Microsoft pourrait nous proposer dans un futur, probablement pas si futur.

L’utilisateur, vous, moi, tous ensemble nous allons chacun gérer notre environnement unique de communication avec les solutions du catalogue Microsoft, pour notre environnement personnel dans le contexte professionnel et privé.

J’ai, par exemple, des vrais amis, des contacts privés, des contacts professionnels et des clients. Un interlocuteur peut appartenir à une ou plusieurs de ces catégories. Jusque-là c’était l’idée de Google +. Mais là ou l’offre pourrait changer c’est dans la manière de le dire et de le définir. Le moyen pour cela consiste à utiliser un outil de CRM qui va permettre de saisir des tas d’informations descriptives que nous appelons dans notre jargon des ‘métadonnées’.

Ainsi Jacques Tremblay qui est devenu un ami était d’abord un client. Il est toujours mon ami, et je possède ses deux adresses courriels distinctes, et un numéro de téléphone cellulaire unique. Nous jouons au hockey ensemble et partageons des évènements privés et professionnels plusieurs fois par année. Je suis la même personne et Jacques est toujours la même personne, quel que soit le type de relation que nous avons.

Microsoft me permet de gérer mes relations personnelles et professionnelles avec un même outil. Comment ? En gérant des critères et des règles pour me conserver les accès privés tout en partageant les informations professionnelles de manière déconnectées ou décentralisées en cloud par exemple, pour mes activités professionnelles et avec mes collaborateurs dans l’entreprise. Finalement de manière comparable à ce que fait notre cerveau en nous apportant la capacité de distinguer les gens les choses et les événements selon les circonstances. Notre mémoire et la zone de stockage et nos capacités intellectuelles l’application, alors que l’intelligence constitue la performance.

Microsoft a ses bases de données, ses serveurs sur site ou en Cloud, et ses outils collaboratifs comme Office et SharePoint pour les documents ou Skype pour les conversations, par exemple. Les éléments descriptifs de chaque contact constituent donc des métadonnées. Certaines seront du ressort de la vie privée et d’autres de celui de la vie professionnelle, et le tout constituera un ensemble unique de critères descriptifs.

Les droits d’accès et de partage d’informations se feront à partir des critères et règles attachées à ces métadonnées.

Ainsi mon ami Jacques

  • Est un homme
    • Français immigré au Canada
    • Joueur de hockey
    • Skieur
    • Joueur de Tennis
    • Amis de mon cousin Benoit
  • A trois enfants
  • Sa femme est directrice d’une école
  • Directeur de la communication chez Oratour à Québec
  • Anciennement responsable Marketing chez SOS cuisine
  • Membre de la chambre de commerce de Québec
  • À acheté une Audi A4 en 2016
  • Cherche potentiellement un nouvel emploi
  • Cherche à acheter un chalet vers Kamouraska
  • Est grand père deux fois
  • Nous avons des photos ensembles
  • Mon fils Quentin joue au soccer avec son petit dernier Louis
  • Etc….

Dans ma journée de 24 h, je peux le contacter pour des affaires de communication avec ma firme, et à d’autres moments, échanger sur des sujets privés, tout cela individuellement ou dans le contexte d’un groupe ou d’un envoi groupé.

Actuellement c’est déjà ce qui peut se passer ou se passe. Sauf que se connecter à LinkedIn relève plutôt d’une démarche pro alors que consulter son Facebook est une action cataloguée de purement privée. Et donc pendant la période de travail les accès ne sont pas acceptés de la même manière. Avec Microsoft, dans quelques années l’unique interface sera légitimée partout. La responsabilité incombera à l’usager de doser ce mélange sans porter préjudice à la finalité de son activité professionnelle. Les cadres des organisations auront aussi un regard différent puisque le privé fera partie de la même sphère que le professionnel. Nous sommes exactement comme cela aujourd’hui, mais seuls le calendrier et la pendule nous guide. Demain ce seront d’autres critères. Pour compléter cette observation j’ajoute volontiers que bien des organisations empiètent déjà sur la vie privé de leurs employés en leur fournissant un téléphone qui permet d’une part de les joindre, et d’autre part de les localiser. Alors probablement que la compréhension sera partagée dans le futur…

La téléphonie a tracé le chemin pour parvenir à une telle vision. Constatons ensemble que les téléphones cellulaires offrent, souvent, une puissance fonctionnelle supérieure à ce que l’entreprise permet. Soulignons que les usagers peuvent s’adapter à la simultanéité des moyens évoqués plus haut, puisque déjà leur téléphone, dit intelligent, permet de gérer aussi bien des communications privées et professionnelles comme aussi, des courriels, Skype, ou la messagerie, sans oublier la téléphonie elle-même, fonction de moins en moins utilisée.

Alors oui, je crois que Microsoft a fait un bon coup.

Technology in the handsL’histoire dira si ce coup sera transformé en un succès
important et une croissance nouvelle pour la firme de Redmond, pour autant qu’elle sache être suffisamment agile pour suivre l’évolution culturelle des utilisateurs. Ces utilisateurs qui ultimement décident, adhérent mais, aussi parfois, ‘débarquent’ du concept ou de la mode, brutalement.

J’ai rédigé cet article à partir de mon bureau et je l’ai achevé dans mon salon !…

J’ai hâte de voir la suite !!!!!  Office ou sa remplaçante 😉

Bien à vous.

Philippe Goupil